Niz’art 2021 sera sous le thème : Reflets

 

  

Vaste sujet qui dès le premier brainstorming ouvre sur de nombreuses idées :

EAU – FLAQUE – MIROIR – POLI – REFLECTEUR – LUMIERE – OMBRE - MISE en ABÎME – SYMETRIE - AUTO-PORTRAIT -DEFORMATION – FLOU – NUANCE – IMAGE – VIRTUEL – IMITATION – REPRODUCTION – OPTIQUE – TRACE - SE VOIR -L'AUTRE – ÂME - INCONSCIENT

A chacun des Nizartiens de se laisser inspirer...

 

Ce document vous proposee un premier voyage dans ce thème !

Un peu de sémantique !

Le reflet est un phénomène par lequel une lumière, renvoyée par un corps ou par une surface réfléchissante, produit, dans une zone moins éclairée, une image affaiblie de cette lumière. Ce terme désigne l’éclat qui jaillit, mais aussi l’image qui a été ainsi réfléchie. Ce terme désigne aussi une teinte, ou sa nuance, qui varie selon l’éclairage (cheveux).

En philosophie, une pensée peut refléter le monde. Au niveau figuratif, le reflet exprime la notion d’influence, via l’image, la représentation plus ou moins affaiblie, dans sa réverbération de quelqu’un ou de quelque chose. (Elle est le pâle reflet de son homme, c’est le reflet d’un passé dévolu, …)

L’étude des synonymes montrent qu’il est tout autant question :

-          D’ombre et lumière (éclat, rutilance) avec leurs halos, irisation, rayonnement, vibration, avec leurs miroitement, échos, réflexion…

-          Que d'image, représentation, reproduction, mais aussi imitation,illusion, cliché, portrait, caricatures.

 

L'homme reflet de son environement

 

Le reflet dans l’art

Le reflet nous offre une deuxième vision une nouvelle fenêtre sur le monde qui nous entoure. Il déforme, interprète, il est mobile, changeant, mais il correspond aussi à la représentation d’un nouvel espace : le reflet de ce qui nous entoure.

Le reflet dans l’art possède un réel pouvoir sur l’espace, il change la fonctionnalité, l’usage de l’espace et réinvente l’expérience du spectateur.

 

Les installations et land art

 

En 2006, Anish Kapoor a illustré ces propos avec son œuvre mondialement connue : « Cloudgate » à Chicago. Sa sculpture aussi appelée « haricot » par les habitants de Chicago est une sculpture faite de 168 plaques d’acier inox. Elle est haute de 10 mètres pour une base de 20 m x 13 m et se situe en plein milieu du Millenium Park en plein Chicago. Elle fut conçue de 2004 à 2006, l’artiste avait notamment demandé le plus grand soin en ce qui concerne les soudures et le polissage afin que celles-ci soient invisibles et que le polissage soit tel que le métal agirait comme un miroir ultra-brillant. Cette sculpture monumentale en plein air offre un spectacle grandiose et une expérience personnelle pour chacun de ses visiteurs. Le matériau utilisé : le métal, permet des jeux multiples entres œuvre-espace-luminosité. Cet ouvrage en ronde bosse offre des centaines de points de vue différents pour l’observer. Et chacun de ses points de vue offre une nouvelle vision de notre reflet, mais aussi une nouvelle vision de l’environnement, la ville, le lac Michigan… Le spectateur choisit et impose le reflet qu’il veut tirer de la sculpture, il décide et participe à l’œuvre. En déformant la réalité Anish Kapoor permet à l’homme de visualiser ses fantasmes au travers ce nouvel espace construit par le reflet, désormais le ciel se trouve à nos pieds, la nature se retrouve aux pieds des buildings, notre corps devient immense, le soleil devient étonnamment proche de nous…

Plus localement, nous pouvons retrouver une autre œuvre dans le même jouant avec le reflet de la réalité pour la déformer et lui donner un autre aspect. Il s’agit de Feydball, à Nantes de l’agence Barré-Lambot Architectes. Situé sur la place Feydeau, les miroirs disposés de manière convexe autour d’un stade de foot étiré et déformé au sol, fonctionnent à la manière d’une anamorphose. En effet, le stade au sol ne correspond pas à la réalité ou bien à l’image d’un stade de foot habituel. Ce qui perturbe l’usager au premier abord. Cependant en levant la tête nous apercevons des miroirs reflétant le stade de foot droit, rectangulaire, fonctionnel. Cette nouvelle perception ouvre des nouveaux horizons, la déformation d’un espace réel et sa représentation logique au travers d’un reflet nous propose une expérience de jeu insolite et inédite.

Le reflet et l’espace dans l’art contemporain

L’art contemporain, dans l’imaginaire collectif représente un art où souvent l’idée et le concept sont autant, voir plus important que la forme employée par l’artiste pour s’exprimer. Le reflet comme son nom l’indique est la représentation même de quelque chose d’existant en moins lumineux et moins net. Ces dernières décennies de nombreux artistes se sont emparés du sujet pour faire du reflet un moyen privilégié afin d’exprimer un concept, une idée, parfois même une revendication. Le reflet peut devenir ce vecteur d’expression privilégié car avec lui les artistes peuvent s’emparer de la réalité de notre monde, déjà existante, et ainsi la déformer à leur manière pour tenter d’en extraire des messages.

 

 

 

Salvador Dali s’est également essayé dans son jeune âge au cubisme et a étudié la peinture cubiste. Son autoportrait cubiste en est l’un des résultats ; sa tête dans un fond d’écoulement croisé montrant qu’il a compris l’idée du cubisme. Un fragment d’un journal et un emballage pour les cigarillos sont également visibles. On imagine donc Dali en train de s’observer à travers une vitre.

Le Grand Verre est une œuvre de l'artiste franco-américain Marcel Duchamp, dont le nom original est La Mariée mise à nu par ses célibataires, même. Elle fut réalisée entre 1915 et 1923 à New York. Le Grand Verre est composé de deux panneaux de verre assemblés, peints pour partie à l'huile, et comprenant des inserts en plomb, de tain, de la poussière, etc. L'idée est de créer l'œuvre sur un support en verre plutôt que sur une toile. Il en a dit entre autres « Simplement, j'ai pensé à l'idée d'une projection, d'une quatrième dimension invisible puisqu'on ne peut pas la voir avec ses yeux... »

 

Reflet dans l’eau

Il n’est pas une époque, une technique artistique qui n’est voulu représenter sa perception des reflets dans l’eau.

Reflets sous soleil lune

Les reflets des lumières du jour où de la nuit sont tout aussi inspirants.

Représenter l’humain, c’est représenter son reflet

Pour l’être humain, son reflet est d’abord apparu dans les étendues d’eaux au-dessus desquelles il se penchait. Très vite le reflet se symbolisera par la perception de soi, une prise de conscience impossible sans facteur extérieur, nos yeux ne pouvant qu’admirer le dessous de nos épaules…

  Le caravage

Narcisse dans la mythologie fut un homme s’étant épris de l’image de son reflet au point d’en mourir pour lui. Au travers cet histoire le reflet devient donc un danger potentiel, la mise en garde est donc de ne pas abuser de sa propre image au risque de s’y perdre. Cette œuvre traduit le risque du miroir, comme celui de la perte de conscience entre le dehors et le dedans Les bras de son Narcisse et leurs reflets forment un cercle parfait qui exclue le monde alentour et forme une bulle symbolisant l’enfermement. Cette composition circulaire, ainsi que ses effets, par le mouvement de la tête de la figure oriente le regard de l’intérieur vers l’extérieur.

 

Le miroir dans les portraits

A l’époque de la Renaissance, le reflet eu un temps une place importante. Epoque qui plaçait l’être humain au centre de toutes choses. De cette façon le reflet devient important car il permet à chacun de connaître l’image qu’il renvoie, et ainsi en devenir fier tout comme il pouvait être fier de ses créations et connaissances. En peinture nous pouvons trouver de nombreux exemples montrant que le reflet prend une place importante au sein de la composition.

Les ménines, Diego VELASQUEZ, 1656. Dans ce tableau l’artiste nous donne à voir ce que l’observateur ne peux pas voir, il créer dans l’espace qu’il représente un second afin de permettre aux spectateurs de l’œuvre de se sentir concerné par la scène voir même d’y être prit à partis. Ici on se surprend à pouvoir devenir les sujets peints en question car nous semblons nous trouver au même endroit qu’eux. Cet exemple nous montre que le reflet, comme à la manière d’une mise en abîme, peut créer un nouvel espace au sein d’un autre et d’étendre les limites de ce qui est représentable en peinture.

 

 

 

Depuis son origine avec l’invention du verre il y a plus de 3 000 ans, le miroir a une place omniprésente dans le domaine des arts visuels. Mettre en perspective la question du miroir dans la peinture, induits aussi celle des jeux de reflets et d’identités.

La mise en parallèle du miroir et de la peinture s’inscrit dans la tradition de la mimésis : le reflet du miroir, comme la matière picturale, interrogeant la restitution des apparences à travers une vision fidèle du monde. Mais le miroir se révèle être aussi un « opérateur ambigu » 2 qui produit des fragmentations, des distorsions. La conception de la peinture comme reflet du monde va alors « s’estomper pour laisser place à la dissemblance et à l’altérité ».

Avec Magritte et Bacon, le miroir n'apparaît plus comme emblème de la peinture car il ne reflète plus le réel mais devient subversif. Bacon, lui, se sert des déformations et des déconstructions des formes pour traduire ses émotions personnelles. Le miroir comme déformation reste ici dans l'optique d'une rupture avec la fonction mimétique du miroir car au-delà des déformations des corps, il met une distance entre le modèle et sa représentation.

 

 

Les autoportraits - image de soi

Jan Van Eyck dissimule d'une manière plutôt originale son autoportrait dans son célèbre tableau Les époux Arnolfini (1434). En effet, en haut du tableau, sur le mur du fond, est inscrit : « Johannes de Eyck fuit hic ». Par cette phrase, ainsi que par son propre reflet dans le miroir, Jan Van Eyck crée une mise en abîme et nous montre sa présence. Le miroir représente ici ce qu'on ne voit pas et donc le peintre en train de peindre. Par cette utilisation, Van Eyck représente un autoportrait car il se peint lui-même par l'intermédiaire du miroir, et ceci lui permet également de signer son œuvre.

Au cours de l’histoire, c’est seulement à partir du XXème siècle, que le culte de l’image est devenu présent au sein de la population.

Le peintre a besoin d’un miroir pour se tirer le portrait et dans cette action, le paradoxe est qu’il ne peut suivre exactement les linéaments de son visage. Le profil, la face et dans une moindre mesure les trois quarts, demandent une reconstitution imaginaire. A cause de la fugacité de l’image spéculaire, le va-et-vient du regard entre le modèle et le support est
interrompu. Se représenter, c’est de se dévoiler, mais se montrer est-il le meilleur moyen ? La personnalité ne se devine pas sur un visage. L’exercice de l’autoportrait montre la diversité des approches, les jeux et enjeux de l'intime et les liens avec les problématiques de chaque époque traversée.

 

Le selfie est devenu, au XXIème siècle un nouveau mode d’expression.

 

 

Je est un autre ou le reflet comme question du double.

Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui je suis ? Et parfois, il réserve des surprises…

Les vieilles est une œuvre de Goya qui illustre de manière emblématique cette fonction narcissique du miroir à travers la vanité féminine. Ici, le miroir est emblème de la coquetterie de la femme, l’outil d’une quête perpétuelle de la beauté et de l’apparence. Les vieilles sont absorbées dans la contemplation de leur image, au point de ne pas paraître en être troublées. Le regard porté sur le miroir reste aveugle à la réalité de sa vieillesse en entretenant l’illusion d’une jeunesse éternelle. C’est alors, au-delà de la vanité, la futilité face à la mort qui est montrée par l’artiste au moyen de la représentation du miroir. « Que tal ? » (« Comment ça va ? »). Par cet enchâssement de sens, le maître espagnol use de la nature double du miroir, outil de connaissance, autant que de dissimulation. Le miroir révèle en usant de sa promesse de transparence. Mais ce reflet révélateur peut se révéler très vite trompeur, comme le visage d’une société qui cache ses défauts et ses vices. L’objet miroir peut être inquiétant parce qu’il cache et dévoile, dissimile et révèle tout à la fois.

Ingres introduit le reflet de la tête de la comtesse d’Haussonville dans le miroir de la cheminée, ce qui lui permet de montrer la nuque du modèle ainsi que le chignon retenu par un peigne et un ruban de velours rouge. Cependant, au vu de la position de la jeune fille, le reflet ne peut être vu de la sorte. Pour être exacte, il devrait être de biais et plus proche de la figure. Les doubles spéculaires de ces figures féminines, à peine floutés, nous apparaissent presque plus palpables que les corps dont ils sont les reflets. Les miroirs d’Ingres renvoient des figures devenues intouchables tant elles sont parfaitement lisses et glacées, au point où l’on peut se demander, si ce ne sont finalement pas elles qui seraient des reflets ?

Le miroir subversif ou le miroir comme déformation

Les artistes du XXe siècle vont utiliser le miroir dans le tableau afin de faire ressortir le réel du déformé.

Dans le célèbre tableau de Manet, Un bar aux Folies Bergère, Manet veut rompre avec l'esthétique albertienne de la peinture. À l'inverse des artistes de la Renaissance qui avaient pour but de rendre invisible la surface du tableau, Manet lui, s'en sert pour introduire une nouvelle vision du tableau qui est celle du « tableau-objet ». Il inclut de cette manière le spectateur qui n'est plus seulement contemplateur.

Reflet de l’âme

Magritte  Le faux miroir

 

Un portrait est le reflet du regard, posé par l’artiste, sur son modèle. Il cherche souvent à représenter la personnalité voire l’âme de celui qu’il représente.

 

L’art reflet du monde

« L'œuvre d'art n'est pas le reflet, l'image du monde, mais elle l’image du monde » - Eugène Ionesco

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible. » – Paul Klee

Anamorphoses

 

L’art est un moyen pour l’homme d’ajouter à la nature. En cela l’art fait partie du réel, il mais obéit à un idéal ou une idée. Quand la science cherche l’objectivité, l’art exprime notre part de subjectivité. Il peut être concret, quand il cherche à imiter le réel, ou abstrait quand il invente des formes libres. L’art est, tour à tour, reflet de la réalité ou sa déformation.

       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Isaac Cordal

Politiciens discutant du changement climatique